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[AS : scusi pour les quelques coquilles dans mes posts : “voie” (et pas voix, ooops) et “NIMBY = Not In My Back Yard” bien sûr, et pas “garden”. En anglais britannique, il est toutefois plus naturel de substituer “garden” à “yard” quand on parle de Nimbysme, d’où ma formulation. Par contre, on garde toujours l’acronyme intact, “Nimby”, vu qu’évidemment “Nimbg” ne serait guère euphonique ( lien “Note: Brewer’s Dictionary of Modern Phrase & Fable makes the interesting observation that the use of ‘yard’ betrays the American origin of the expression since a Briton would be more likely to say ‘not in my back garden.'”).

Oui, donc, Penny Mordaunt. Éliminée d’assez peu aux portes de la finale (103 votes vs 113 pour Truss ; Sunak 137), pour ces raisons àma :

1) Comme je l’avais expliqué dans ma série de postes du 13 juillet, elle était considérée “trop woke”, et trop pro féministe même (par les médias droite dure).

Essentiellement pour ces histoires de transgenre, voir mes postes du 13/07, mais aussi pour avoir “parlé” au Muslim Council of Britain, organisme boycotté au 10 Downing St. depuis 2009 voir lien. (le premier ministre en 2009 c’était Gordon Brown, jamais élu, même pas en interne au Parti travailliste après la démission de Blair, mais il est resté PM trois ans, tranquille. Qu’elle est belle notre démocratie).

Le Daily Mail et le Sun ont ressorti cette histoire du MCB lien vers le 18 juillet, juste avant l’avant-dernier vote (le 20/07), et ça l’a desservie.

Autre tare rédhibitoire : elle a été jugée comme trop proche du groupe “One Nation Conservatives” lien), coterie de Conservateurs “modérés” (faut dire ça vite mais sont bcp moins tarés que l’aile droite, les “Torykippers”. L’équivalent français du ONC serait en gros “le Gaullisme social” à la Séguin ou dans ce genre, mais dans un contexte britannique, donc ultralibéral).

Mordaunt s’était d’ailleurs brièvement réclamée de ce courant et ce petit groupe ONC l’a soutenue, discrétos mais ça a été exploité. Le ONC est un courant un peu fondateur du Parti conservateur, ça remonte à presque deux siècles (Benjamin Disraeli et toussa lien.).

Faire le grand écart, cô a un peu tenté de le faire Mordaunt (réunir les diverses chapelles), n’était pas souhaitable dans ces primaires. Elle a pourtant parlé dur, martelé ses credentials de Brexiteuse hardline et son background Royal Navy, réserviste de la RN apparemment, etc. (bien qu’elle n’ait jamais foutu les pieds sur un navire de guerre, elle n’a d’ailleurs pas le droit de porter toutes ces insignes RN comme elle l’a fait mais passons) mais y’avait plus dur et plus démago qu’elle, Truss, au final la darling des médias alt-rightistes.

2) Les puissants médias alt-rightistes, à la forte audience, lui sont tombés dessus. A savoir les Daily Mail, Daily Express, le Sun, le Daily Telegraph, et les chaînes TV GB News (où Nigel Farage s’est recyclé) et TalkTV, la “chaîne du straight talking”, ainsi que les quelques émissions très à droite sur LBC (radio), notamment celles du très thatchérien Iain Dale, de Camilla Tominey et d’autres, des journalistes et polémistes révélés par le Brexit.

Le DM en particulier s’est déchaîné, via son boss, Paul Dacre, une ordure de première (10/10 sur l’échelle Rupert Murdoch), soutien indéfectible de Boris Johnson et qui pourrait d’ailleurs être anobli par Johnson pour sa loyauté (si c’est le cas, il siègera donc à la chambre haute du parlement, House of Lords) lien (Johnson est toujours premier ministre, jusqu’en septembre). Ça pourrait être l’un des “parting shots” de Johnson, ces petits coups vicelards qu’on fait en partant pour troller l’opposition et les “Libs”.

Voir cet article du Guardian pour détails sur ces attaques de la presse de droite contre Mordaunt lien.

Les médias suscités ont tous soutenu la hardlineuse Liz Truss (une ex Remainer mais qui a su virer sa cuti au bon moment et depuis est une Brexiteuse acharnée), qui promet une économie “low tax” (impôts sur le revenu, corporation tax, etc.) et une “politique familiale” (sans donner aucun détail ni dans les modalités ni le financement).

Elle promet beaucoup Liz, et verse dans la “fantasy ecomomics” disent ses détracteurs, “voodoo economics” comme disent les Américains depuis George W Bush (“an economic policy perceived as being unrealistic and ill-advised, in particular a policy of maintaining or increasing levels of public spending while reducing taxation.”).

Mordaunt a tenté de parler famille (j’évoquais y’a quelques semaines, dans ce poste lien , comme ça s’agitait en ce moment, depuis la sortie fin juin 2022 des résultats du recensement 2021 – analysés par la presse de droite comme “ne laissons pas les immigrés repeupler le R-U, faisons des gamins bien de chez nous”) mais elle est vue comme peu ou moins crédible sur ces sujets par la presse de droite car sans enfant (Truss en a deux. Le même truc avait été reproché à Theresa May aussi, par notamment Andrea Leadsom, surnommée “Andrea Loathsome”, une crank de première – qui d’ailleurs soutenait Mordaunt, mais probablement car elle s’est brouillée avec tous les autres).

Mordaunt n’est pourtant pas une tendre (son historique de vote au parlement l’atteste), c’est une Brexiteuse pure et dure, etc. mais il fallait à ces médias une bitch de première, Badenoch ou Truss donc, et Mordaunt ne correspondait pas suffisamment au profil recherché, jugée trop soft donc.

3) Cô je le supputais aussi le 13 juillet, une série de cabales au parlement et ailleurs (très critiquée par des ministres, ex-ministres, politiciens Tory, etc. dont par cette raclure de David Frost lien) s’est mise en branle pour la discréditer, et donc pousser les députés à ne pas voter pour elle (cabales et coups de pute principalement orchestrées par les soutiens de Liz Truss, dit-on).

4) L’élimination de l’ultra-hardlineuse Kemi Badenoch (le 19/07, avec 59 votes) a joué en faveur de Liz Truss, et donc contre Mordaunt.

Le report des votes pour Badenoch, surnommée “Bad Enoch” a favorisé Truss (surnom en référence au Conservateur lextrême-droitiste Enoch Powell, voir dans cet article Teenage Kicks lien le passage sur son tristement célèbre discours raciste de 1968 lien, alors approuvé par 74 % des Britanniques).

5) Mordaunt n’a pas franchement crevé l’écran dans les deux débats TV et ai retombé aussi sec dans les sondages, qui ont sans doute eu une certaine influence sur les députés hésitants ou flottants, cô je l’écrivais le 13. Toutes ces primaires ou assimilées contiennent un élément transactionnel (les députés ou autres soutiennent les favoris qui leur font miroiter des postes), donc tout ça suit un peu les sondages, et quand ces derniers ont commencé à , quelques mooches ont changé d’âne et Mordaunt a eu plus de mal à trouver de nouveaux soutiens pour voter pour elle.

Je n’ai vu que des extraits de ces deux débats TV mais c’est vrai dans ce que j’ai vu, elle n’a pas été transcendante, elle est apparu plus en retrait que les autres disons. Cela dit, les autres non plus n’ont pas franchement déraciné les arbres non plus hein, hormis (de l’avis de tous, et des sondés) peut-être le Franco-Britannique Tom Tugendhat ( lien “Tom Tugendhat clear winner of first Tory leadership debate, snap poll finds”) mais quasi inconnu et tant que Remainer il n’avait aucune chance.

Et Tugendhat jouait sur du velours puisque c’était le seul sur le plateau à n’avoir jamais occupé de poste ministériel donc il avait l’avantage de pouvoir attaquer les autres sur leur bilan. Kemi Badenoch a relativement bien figuré aussi, surtout sur le deuxième débat (paraît-il en tout cas, selon le sondage que j’ai lu). Louée pour son côté punchy et son élocution (elle ment et délire totalement mais elle le fait proprement, et on sait combien les talents d’orateur impressionnent la populace ; c’est l’éternel débat contenu-contenant, signifié-signifiant, etc.).

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